À l’automne 2007, le Conseil a procédé à un examen du revenu, des avoirs et des dépenses des aînés, de même que des régimes de retraite universels en place. Cet examen lui a permis de mieux saisir la complexité du problème du faible revenu chez les aînés, de déterminer qui étaient les aînés les plus vulnérables à cet égard et de cerner les problèmes financiers auxquels ils font face.
De façon générale, sans être riches, les aînés canadiens sont dans une bonne situation financière. Le revenu médian après impôt des aînés qui vivent en couple se situait à 41 400 $ en 2006, ce qui représente une augmentation de 18 % depuis 1996. Le revenu médian des personnes seules2 a augmenté de 14 % pendant cette même période, pour passer à 20 800 $.3
Entre 1980 et 2006, le taux de faible revenu chez les aînés est passé de 21,3 % à 5,4 % — un pourcentage moins élevé que dans la plupart des autres pays industrialisés. Cette diminution spectaculaire est en grande partie attribuable à l’efficacité et à la viabilité du système de revenu de retraite du Canada.4

Taux de faible revenu chez les aînés, SFR après impôt, 1980-2006
Les régimes de retraite universels jouent un rôle crucial dans la sécurité du revenu des aînés, surtout celle des femmes. Ensemble, la Sécurité de la vieillesse (SV) et le Régime de pensions du Canada (RPC) constituaient environ 44 % du revenu total des aînés en 2005. La SV et le SRG représentaient à eux seuls 32 %5 du revenu total des femmes âgées, et les prestations du RPC un autre 20 %. Entre 1980 et 2005, la proportion de femmes âgées touchant un revenu du RPC est passée de 34,8 % à 82,7 %, une hausse attribuable à l’augmentation de leur participation au marché du travail.
L’importance des régimes de retraite complémentaires et des régimes enregistrés d’épargneretraite (REER) en tant que sources de revenu, surtout chez les femmes, a fortement augmenté entre 1990 et 2005, à savoir de 135 % chez les femmes et de 55 % chez les hommes. L’épargne-retraite privée représente aujourd’hui environ 38 % du revenu des hommes et 27 % de celui des femmes.
La majorité des aînés habitent dans les régions urbaines; il n’est donc pas étonnant que ce soit dans les villes que l’on trouve la plupart des aînés à faible revenu. Bien que le faible revenu ne touche pas qu’un seul groupe en particulier, les personnes seules, les personnes qui ont travaillé pendant moins de dix ans, les immigrants récents6 et les Autochtones sont particulièrement vulnérables à cet égard.
Les personnes seules sont celles qui connaissent le taux le plus élevé de faible revenu de tous les groupes. En effet, en 2006, 15,5 % des aînés seuls avaient un revenu inférieur au SFR, un taux 11 fois plus élevé que celui des couples âgés (1,4 %). Comme elles vivent plus longtemps, les femmes sont beaucoup plus susceptibles de se retrouver seules lorsqu’elles vieillissent, donc plus susceptibles de voir un jour leur revenu baisser sous le SFR. Elles représentaient d’ailleurs environ les trois quarts des 179 000 personnes âgées seules à faible revenu en 2006. Le taux de faible revenu chez les hommes âgés seuls était de 14 % comparativement à 16,1 % pour les femmes âgées seules.
En règle générale, la plupart des gens ne connaissent pas une baisse de revenu excessive après 65 ans. Bien souvent, le faible revenu chez un aîné découle plutôt du fait que la personne n’a pas été en mesure d’accumuler des actifs au fil du temps. En 2005, plus de 40 % des aînés à faible revenu avaient travaillé pendant moins de dix ans.
Un grand nombre des femmes qui font aujourd’hui partie de la population des aînés étaient des femmes au foyer. Elles ont, par conséquent, eu moins de possibilités d’épargner pour la retraite ou d’accumuler des actifs à titre personnel. La participation des femmes à la main d’oeuvre rémunérée a augmenté de façon spectaculaire au cours des dernières décennies. Malgré cela, les femmes restent plus susceptibles que les hommes de travailler à temps partiel ou de cesser de travailler pour prendre soin des enfants ou d’un membre de la famille, ce qui accroît leur risque de se trouver en situation de faible revenu plus tard.7
Des travaux de recherche ont révélé que le nombre d’années pendant lesquelles ils ont habité et travaillé au Canada constitue le plus grand facteur de risque pour les immigrants récents (s’ils ne sont pas également membres d’une minorité visible). De façon générale, les personnes arrivées au Canada depuis peu d’années ont eu moins de temps pour se préparer à la retraite en accumulant des avoirs sous la forme d’une maison ou d’économies et ne sont pas toujours admissibles aux prestations des régimes de retraite universels ou ne sont admissibles qu’à des montants réduits.
Même si peu de recherches ont été effectuées sur la situation financière des aînés autochtones, les données du recensement de 2001 révèlent que plus de 13 % de ces derniers vivaient alors dans des ménages ayant un revenu inférieur au SFR et que chez les aînés autochtones, les femmes étaient plus susceptibles d’avoir un faible revenu.8
Le fait qu’un plus grand nombre de personnes bénéficient du revenu de retraite du RPC/ RRQ, de régimes de retraite complémentaires et de placements a permis d’améliorer la situation financière des aînés et de réduire la dépendance aux prestations de la SV. Il reste néanmoins que les régimes de retraite universels demeurent la principale source de revenu des aînés seuls à faible revenu. En 2005, les transferts gouvernementaux (principalement la SV et le SRG) ont représenté 77 % du revenu total des personnes âgées seules à faible revenu, comparativement à 36 % seulement de celui des personnes ayant un revenu supérieur au SFR après impôt. Le SRG, plus particulièrement, a grandement contribué à porter le revenu de ses bénéficiaires au-dessus du SFR.
Le revenu, les avoirs et le coût de la vie sont tous des facteurs qui déterminent le niveau de vie d’une personne. De façon générale, en plus d’être pauvres en revenu, les aînés à faible revenu le sont aussi en actifs. En 1999, seulement 9 % des aînés dont le revenu était inférieur au SFR après impôt avaient accès à un régime de retraite de l’employeur et seulement 17 % avaient un REER. Le revenu provenant d’autres sources, y compris les gains, était négligeable chez les personnes âgées seules à faible revenu et relativement peu d’aînés à faible revenu ont un avoir propre foncier. Comme les montants dont elles disposent sont fixes, une fois que le revenu des personnes âgées tombe sous le seuil de faible revenu, il est plus susceptible d’y rester que ne le serait le revenu d’une personne en âge de travailler (moins de 65 ans).
La résidence représente l’actif non financier le plus important des aînés. Environ 70 % de l’ensemble des aînés sont propriétaires et habitent une résidence qui respecte ou dépasse les normes de qualité, de taille et d’abordabilité du logement. Par contre, les aînés à faible revenu sont en grande majorité (deux ménages sur trois) locataires et seulement une minorité d’entre eux reçoivent une subvention locative.
Bien que le fait d’être propriétaire de sa résidence augmente l’actif net des aînés, il ne semble pas réduire les coûts de logement. Le logement constitue la dépense la plus importante des aînés à faible revenu, surtout dans le cas des personnes seules9. Le logement représente plus de 40 % de leurs dépenses annuelles totales. En 2004, 62 % des aînés seuls à faible revenu habitaient un logement inabordable. Ce taux était de 40 % chez les couples d’aînés à faible revenu.
Les propriétaires et les locataires à faible revenu dépensent, en moyenne, tous deux un peu plus de 5 000 $ par année pour le logement, ce qui montre l’importance des impôts fonciers, des frais d’entretien et du coût du combustible pour les propriétaires âgés. La situation semble être plus grave pour les personnes qui vivent dans les régions urbaines, où les coûts de logement sont plus élevés.
La nourriture est la deuxième dépense en importance pour les aînés à faible revenu, représentant 20 % de la totalité de leurs dépenses. Même si, ensemble, la nourriture et le logement constituent près de 60 % des dépenses de ces aînés, le transport et les coûts liés à la santé soulèvent eux aussi des difficultés.

Part des dépenses to totales pour certaines catégories, 2004
Les déplacements représentent une dépense considérable pour les aînés, plus particulièrement encore pour ceux des collectivités rurales, où les services de transport en commun sont limités et les distances à parcourir sont plus grandes, donc entraînant ainsi des coûts d’entretien de véhicule et d’essence plus élevés.
Bien que tous les Canadiens aient accès aux soins de santé médicalement nécessaires, la Loi canadienne sur la santé (1984) n’englobe pas tous les produits et services médicaux. Parmi les exemples de services qui peuvent ne pas être assurés figurent les médicaments sur ordonnance et en vente libre, les appareils et accessoires fonctionnels, les produits de santé personnels, les services professionnels tels que les soins dentaires et les soins de la vue, les soins prolongés ou de longue durée, la physiothérapie, la chiropractie et les services d’infirmier(ère) privé(e).
Dans le domaine de la santé, les dépenses des aînés touchent principalement les médicaments. On constate que les aînés à faible revenu dépensent considérablement moins pour les soins dentaires et les soins de la vue que ceux des groupes à revenu plus élevé. Cela ne veut pas nécessairement dire qu’ils obtiennent ces soins gratuitement. Il est possible qu’ils n’aient pas les moyens de se procurer ces services ou qu’ils décident de s’en passer pour pouvoir combler d’autres besoins.
Le système de revenu de retraite du Canada (SV, RPC/RRQ et épargnes et investissements dans des régimes complémentaires) a contribué à réduire le nombre de personnes âgées à faible revenu et à améliorer leur niveau de vie général. La SV et le SRG contribuent grandement à assurer un revenu de base modeste aux aînés. Cependant, un groupe d’aînés reste vulnérable : les personnes seules, les immigrants récents, ceux qui cumulent moins de dix ans d’activité sur le marché du travail et les aînés autochtones. Les aînés à faible revenu consacrent la majeure partie de leur argent au logement, à la nourriture, au transport et à la santé.
2 Selon Statistique Canada, une personne seule est soit une personne qui habite seule, soit une personne qui partage une maison avec quelqu’un qui n’est pas un membre de la famille, son époux ou son conjoint de fait (2007). Il peut s’agir de personnes veuves, séparées ou divorcées ou encore de membres de couples qui ne vivent pas ensemble parce que l’un des conjoints est placé dans un établissement par exemple.
3 Médian désigne le point à mi chemin dans une échelle de valeurs. Ainsi, le revenu de la première moitié des personnes se situe en bas du revenu médian et celui de l’autre moitié, en haut de celui-ci. Toutes les valeurs sont en dollars constants de 2005.
4 L’annexe D renferme de plus amples détails sur le système de revenu de retraite.
5 Ce chiffre ne tient pas compte de l’incidence des augmentations du SRG entrées en vigueur en 2006 et en 2007. Ces augmentations représentent un montant de 432 $ par année pour une personne seule.
6 Aux fins de notre analyse, les « immigrants récents » sont les personnes qui habitaient au Canada depuis moins de dix ans.
7 Le RPC comprend des dispositions offrant une certaine protection du revenu des femmes, notamment la clause d’exclusion générale pour compenser les périodes de chômage, de maladie et de formation, de même que la clause d’exclusion pour élever des enfants.
8 Les données de recensement sur les aînés autochtones comprennent les personnes qui ont indiqué être Autochtone, Indien inscrit ou membre d’une bande.
9 Selon la définition établie par Statistique Canada pour le compte de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, un logement est considéré inabordable lorsque le loyer, les paiements d’hypothèque, les charges de copropriété, les impôts fonciers, l’eau, le chauffage et l’électricité représentent 30 % ou plus du revenu avant impôt d’un ménage.